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  • : Le blog de Loch Vaa
  • : bd écriture illustration fantastique fantasy Culture
  • : Bonjour, Je recherche un illustrateur, un dessinateur ou un vidéaste. Je gribouille des scénarios, avec des thèmes récurrents : la nature, les dragons, les rêves, l’enfance, les contes de Noël, les thèmes fantastiques (tout y passe), les couleurs, les jeux de mots. Si vous êtes doué pour les storyboards, le dessin ou les illustrations, que vous avez un peu de temps et que l’aventure vous tente…
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Adolenfance

Jeudi 20 mars 2008

Journée d’une vie

 

 

Tirés les rideaux verts, je me lève. Je frisonne, repris par mes rêves ; là, contre le point du jour, devant moi, des silhouettes drapées de jute, s’avancent dans la brume, avec leur bâton de pèlerin. Immobiles, derrière la pelouse, le brouillard du matin enveloppe les haricots en perche de vos terres.

 

La porte n’est jamais fermée à clef, mais je frappe toujours. La pièce sent le café fort. Il laisse des marques rondes sur la toile cirée de la table. L’hiver, le poêle ronfle doucement. Les braises ternissent la vitre. Je pose mon sac d’école avant le passage du car scolaire, des bus sable barrés de vert, les autobus artésiens, avant d’être enfermé dans une école d’où seul le regard peut sortir par les grandes fenêtres vitrées. Je joue dans la cour avec les lapins en cage en leur donnant à manger de l’herbe des fétus de paille, qu’ils refuseront jour après jour. La porte des toilettes est ajourée d’un cœur. Les mamans de P. et G. sont déjà dans le garage de P., parti aux champs. Le gros lapin blanc aux yeux rouges attendra demain.

 


 

P. se relève, coiffé de son béret de feutre marine. Sur le bord du champ, les mains sur les hanches, tu regardes ta terre et le travail d’un jour. Parfois, c’est les poings appuyés sur l’extrémité ronde d’un manche de fourche que tu restes là quelques minutes. Moi aussi depuis.

 

Dans le vaisselier, tu prends des verres pour l’apéritif. Après c’est la soupe, il y a des haricots blancs aujourd’hui. Sortis d’un récipient dont l’émail blanc est ébréché sur le pourtour. Vous les avez tous triés. Le samedi, le café fume, les chaises avancées près de la table.

 

On déplie l’actualité de l’Artois. On parle de l’épopée du tracteur qui est revenu de la Somme par les routes départementales à vingt à l’heure. L’abbé M. n’est plus, mais la chorale est fidèle à son chef. Tu évoques les bombes qui tombaient à B. un printemps de ta jeunesse. Ou une dépouille de soldat trouvé en curant les fossés de la Neuve Voie. P. détaille l’œuvre des tailleurs de pierre de la cathédrale de S. Certains poussins se pressaient tellement autour de l’abreuvoir circulaire en fer blanc qu’ils s’étouffaient, dis-tu. La tornade a fait passer devant vos yeux ébahis un volet, des voliges. Le docteur a changé de voiture.

 


 

Au creux de ma poche, mon poing se referme sur une pièce de 10 francs cuivrée. Elle fait mon orgueil. Savoir ce que la terre peut donner et l’effort qu’elle demande.

 

Il faut mettre les haricots en perche. Une tarière et un peu d’eau pour faire tenir la perche. Tarauder. Ensuite faire tenir un croisillon de bois à la base de la perche prête à accueillir les pousses de haricots. Mon vélo sur le plateau du tracteur. Tu renoues ton fichu, M. Je sens le vent sur mes joues, le tracteur démarre d’un brusque élan. Je dévale les ballots du hangar. Deux solides rivets installés sur ma 103 SP. Deux blocs de paille feront un abri. Arnacher. P. nous sert un panaché, de la Sernia Bock et de la limonade Moco, tirées de la fraîcheur de la cave. Avec beaucoup de limonade pour moi. Les chicons accaparent les courtes journées d’hiver. Tous les deux agenouillés, vêtus de trois quarts noirs, œuvrant.

 

 

P. fait répéter la chorale à V-C pour la messe de minuit. Le dimanche, je donne la paix du Christ à M. Vous venez à la maison pour le réveillon. Je vous fais voir mes jeux, mes dessins et mes tours de magie que Ma. m’apprend. Le premier janvier, je me régale de soupe au tapioca, de poulet à la béchamel, présenté avec des crêtes de pâte feuilletée. Une couverture brune me tient de cabane, maintenue à la toile cirée de la table par des épingles à linge. J’ingère la colle à maquette de Ch. La bûche repose au frais dans la cave. Des mandarines. Ma. joue du mélodica. On déplie une serviette de coton propre pour les joueurs de carte. Une truie m’effraie de ses petits yeux bleus. Les années commencent chez vous.

 

 

e voulais écrire ce merci depuis longtemps. Peut-être parce que je suis loin, trop loin de vous, de votre quotidien.

 

Qu’importe la trace de vos rêves d’institutrice et de contremaître, à moi, vous m’avez appris ce que je ne pourrai jamais retrouver.

 

Un jour peut-être, et grâce à votre exemple, ma vie sera faite de simplicité avec la promesse d’une humilité pareille à la vôtre, alors peut-être, je serai plus sage. Aujourd’hui, je rassemble mes souvenirs, je les serre au creux de ma mémoire. Ils sont ma richesse. Ils sont mon orgueil. Ma vie.

 

 

Par Loch Vaa
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Vendredi 21 mars 2008
M. B. est retraité des usines Peugeot.
M. B. a perdu la maison dans laquelle il vivait avec sa compagne.
M. B. n'a plus rien : ni sa cuisine intégrée ni sa table de salon ni ses chaises.

Il habitait chez sa fille, mais voilà son gendre ne veut plus de lui.
Et dans son malheur, M. B. a bu un verre de trop et il est tombé près de l'Hôtel de F.
M. B. a les pupilles cerclées de gris, comme les vieux chiens.
Il a les mains déformées par de grosses veines bleues.
Sur ses mains, des taches de vieillesse. 

Il est venu avec sa canne, un bâton taillé dans un noisetier.
Il n'est pas fier, comme il dit : il se lave à l'eau froide et ne veut pas de jardin.
Il ne sait plus faire de vélo : la dernière fois qu'il a essayé, il est tombé. 

M. B. était d'accord : un loyer en retard, un coup de trop, et c'est la porte.
M. B. a répondu qu'il mangeait à l'eau.
Je lui ai serré la main. 

Il s'est appuyé sur son "juge de paix", est reparti.
Je l'ai revu le soir même. Devant la télé, il avait tiré une chaise.
Je lui ai indiqué le fauteuil en lui disant que c'était le sien. "Non, c'est que je pourrais m'endormir dedans.", a-t-il répondu. 

M. Alphonse B. est notre nouveau locataire.
Par Loch Vaa
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Mardi 25 mars 2008
Vincent Ferréol a une petite camionnette.
Et deux chiens aussi.
Vincent vient faire un stage de six mois à la maison de la pêche.

Le gîte est magnifique, il viendra le visiter avec sa maman.
Et les chiens, il les prend pour nous les présenter ?
Les chiens, c'est sa passion, ses enfants, dit-il gêné. Vous comprenez ?

Vincent est notre nouvel hôte.

J'ai vécu un temps pour voyager.
Je vis aujourd'hui pour accueillir ce que d'autres m'ont donné quand je cherchais un toit ou ma route.
Nomades de la vie ou voyageurs d'un jour, vous êtes les bienvenus à l'Hermitage.

M. B. n'est jamais tombé devant l'Hôtel de France, après avoir bu un coup de trop.
C'est son gendre qui cogne dur quand il est en colère. 

M. B. descend le matin pour ouvrir la porte d'entrée qu'il a fermée doucement le soir. M. B. s'assoit sur le rebord du muret et regarde devant lui le noyer qui ploie sous la charge de la vie. Il attend aujourd'hui les coups de klaxon de la boulangère venue lui apporter son pain et son journal. Il attend tranquille, son juge de paix dans sa main.

Quand petit Nils est né, M. B. a ouvert son maroquin et sorti de l'un de ses porte-cartes deux fines lignes de caractères noirs découpés dans son journal. L'état civil de petit Nils qu'il garde dans le cuir de son portefeuille. Un cuir aussi patiné que son bâton de noisetier.

M. B. descend son chèque de loyer signé et qu'on lui remplit.

Par Loch Vaa
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