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  • : Le blog de Loch Vaa
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  • : Bonjour, Je recherche un illustrateur, un dessinateur ou un vidéaste. Je gribouille des scénarios, avec des thèmes récurrents : la nature, les dragons, les rêves, l’enfance, les contes de Noël, les thèmes fantastiques (tout y passe), les couleurs, les jeux de mots. Si vous êtes doué pour les storyboards, le dessin ou les illustrations, que vous avez un peu de temps et que l’aventure vous tente…
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Jeudi 20 mars 2008

Eux nous voient là-bas.

Ils nous ont dit que notre place était chez eux. Notre quotidien, ils le voyaient tous dans leur pays qu'il voulait nôtre, près d'eux.

Ils me disaient ça, à moi, qui viens à peine de trouver une compagne, sans avoir trouvé de place sur la planète.

J'avais quitté des adolescents, ils sont devenus médecins, ingénieurs, et pharmaciens. Certains rêvent au singulier d'exil, d'autres rêvent au pluriel. J'ai retrouvé leur fidélité, et leur affection avait grandi avec eux. J'avais quitté des amis, j'ai retrouvé chez eux le temps de mon absence.

15 jours pour radiographier l'Egypte qui a changé sans moi. J'ai ressenti avec un pincement au coeur ces changements d'une terre que j'avais parcourue pendant deux ans. Le dallage de la mosquée Ibn El Tulun a changé, le Caire islamique renaît. Le patron du Amoun est mort, sa photo surplombe la caisse du restaurant. H. a monté une agence de voyages avec une Française. La société de récupération des déchets s'appelle Onyx. St-M. a 75 ans. On voit des Clio avec des coffres plus grands qu'en Occident. Mobi Nil concurrence Vodafone, les procédures de sécurité sont omniprésentes, des constructions anarchiques s'étirent jusqu'aux monastères du Wadi Natroun. L'économie du pays traverse une mauvaise passe : le prix de la farine et du coton ont renchéri. Crise du pain ; dans les souks, les foulards sont plus chers. Les Alexandrins sont fiers de leur Bibliotheca. Bien sûr, j'ai vu les défauts et les errements de ce grand pays, mais on aime aussi une terre et ses habitants comme on aime une personne, pour ses faiblesses. J'ai les poches remplies de tickets, billets et de cartes de visite. M. a les premières épreuves de 200 photos.

Hier, une fois rentré, le coeur n'y était plus, notre foyer s'était déplacé : quand ferai-je cette partie de scrabble avec le frère D., un ciné au Green Plaza avec C. ? A quand ce narguileh avec A. ? Et cette lecture expliquée de Voyelles pour M. ? Un trekking à dos de chameau avec Co. et Ch. ? Quand reverrai-je J. et O., si je les revois un jour ? Et quand saluerai-je une dernière fois R. ? Et la fiancée d'Ac. ?

J'ai traîné des larmes sèches hier toute la journée, à repenser à ce passage d'Alf Leila we leila chanté ensemble vers l'aéroport, alors que Ch. défendait Serge Reggiani dans son coin. M. souriait, elle avait découvert un pays chaleureux.

C'est dans cet éclat de voix et de voies que je trouverai ma place. France, Irlande, Egypte dans un quotidien londonien.

J'ai ouvert l'Egypte à M., je l'ouvrirai à d'autres s'ils veulent bien me suivre. Ce rendez-vous que je craignais de manquer aura marqué mes 32 ans. Ici, vos témoignages d'amitié, cartes et cadeaux m'attendaient. Vos messages se faisaient pressants, tout aussi impatients que mes retrouvailles avec l'Egypte.

A vous et à eux, je dis à bientôt.

Par Loch Vaa - Publié dans : Egypte
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Jeudi 20 mars 2008

Je vous explique : On passe un programme audio, une bande son, un discours à la radio, et le logiciel le retranscrit en français et ainsi on gagne un temps énorme en retranscription ; plus de clavier, plus de secrétaire, plus rien à taper, tout est dans l’ordinateur grâce au logiciel.

 

Le principe est simple, prenez un titre de film connu, passez-le à la moulinette du logiciel et hop, voilà ce qu’on a :

 

Ourang-outang rempote l’Evian

 

Aux tomates l’emporte le ventre

 

Ottoman en emporte l’auvent

 

On a fait aussi d’autres tests sur des œuvres artistiques connues, voilà ce qu’on a comme résultat :

 

La Vélux (de Milo)

Le Panzer (de Rodin)

As du risque et aube des lys

 

Hélas… on n’a pas eu assez de crédit pour le mener à terme les études, on a pu simplement améliorer et dernièrement le logiciel s’est mis à s’emballer alors qu’on était en train de travailler sur la chanson française.

 

Simplement je voulais me servir des premiers résultats du logiciel pour voir si on peut commercialiser le concept en France, et il me faudra deux équipes...

 

Comme je ne suis pas sexiste, comme on est au pays du fromage, on va faire deux équipes en fonction des pointures de chaussure, par exemple, toutes les pointures de plus quarante à ma gauche, les autres à ma droite.

 

Ne m’enkyste pas

Le faux tablier

Ton beau sablier

Qui s’enfuit des jarres

Habiller le taon

 

Ne m’enkyste pas

Ne m’enkyste pas

Ne m’enkyste pas

Ne m’enkyste pas

 

C’est un bon Normand, c’est une vieille pétoire

C’est d’une arrogance toujours d’huile

Il encrait chez lui, Lao, le vieux trouillard

et le déjanté dans le mini, le mini

 

Et si j’étais venu en J7 à l’angle des stades

Sous la bruine, un grand de ta taille

Aurais-je ôté meilleur soupir que saint Jean

Si j’avais été au Mans

 

Dans l’épingle, tu dribbles l’épingle

Le fion déborde ce soir

Et les âmes sensibles s’emportent

Le fion déborde ce soir

 

Moi, j’écris des vers au fond du cahier

Jej baigne en enfer, pour pouvoir crever

Mes dents se décorent, pas mal éplorées

Film sans blanc, corps laid voire avarié

 

Dis, nanar, pourquoi, je suis en caleçon

Presqu’île, fosse moisie

et moche douve, je peux le dire

Sans trop de façon

J’essuie un caleçon

 

Logiciel, tu brouilles mon XP

Ton humour étrangle machine

Elan fier devient comme un os couard

Car Dante est moins semeur chaque soir

 

C’est un nain froid qui ressangle la luzerne

une litanie…

 

On tirait le sucre

Le tank vire longtemps

Enervé souvent

Pull d’un mignon damné

Et toujours endetté

 

Sympa, le môme qui pend la mère,

Et sa mère qui le talonn (tarte Tatin)

Moëlle amère, elle méprise

Le plus souvent le mardi

 

Selle la belle inuit de mohair

La neige étant sombre en tombant

Allez les vieux verres et le sel,

Angelots, l’appétit en flan

 

Par Loch Vaa - Publié dans : Des mots, des jeux et des jeux de mots
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Jeudi 20 mars 2008

Les Mercredis de Savas

 

Sur l’enseigne de la devanture, cinq lettres bienveillantes s’étalent : S A V A S.

 

C’est là que nous les soignerons. Nous nous sommes longuement consultés, ma doublure et moi. Surtout, surtout, ne pas faire confiance à un fétichiste ; vous savez, ces amateurs de cuir et de lacets. Il nous fallait également refuser ceux qui n’ont que de belles paires et les spécialistes des pompes claquées. Vous avez trouvé : en matière de cordonnier, il faut trouver chaussure à son pied.

 

Le mien, c’est M. Savas – prononcer Savasse. Il exerce dans la rue où je travaille. Sa boutique est un merveilleux capharnaüm d’embochoirs, contreforts, semelles, tiges, empeignes et talons, car monsieur Savas est un artisan, un vrai. Il réalise ses propres modèles, aidé la nuit, j’en suis sûr par ces fameux lutins que nous connaissons tous. Là, à deux pas de mon quotidien, dans un Londres où ces métiers font cruellement défaut, je retrouvais l’authentique, la magie et la noblesse d’une profession.

 

Le hasard avait voulu que je passasse un jour de fin septembre devant la cordonnerie d’un monsieur entre deux âges qui partageait insouciamment des olives, du pain et du tzatziki avec la gérante de la laverie d’à-côté. Je le tenais, mon Ferdinand de Chaussure… Un tablier bleu, le teint hâlé, le front large et dégarni. Une simple croix d’argent passée autour du cou, un anglais très correct émaillé d’un doux grasseyement. Maître Savas est chypriote ; moi l’hélléniste de pacotille, je trouvais ça touchant.

 

Il s’accoude à son comptoir, je l’imite. Entre nous, sous l'unique néon, mes Clarks chatoyaient d’un brun chaud. Il les retourne, les regarde sous toutes les coutures… Verdict : " Pourrquoi vouloirr les garrder, elles sont trrouées !? ". Trouées, malédiction ! La gorge me serrait, je repensais à la fin pitoyable de mes Doc Martens. Pas question aujourd’hui de signer l’arrêt de mort des Clarks, même si elles portent du crêpe. Je reste silencieux. Il me sonde du regard et ajoute : " Vous les aimez bien, hein ? ".

Un peu, que je les aime, M. Savas. Tenez, par exemple, R. F., ancien président de la guilde des ostéopathes du Royaume-Uni, avec tous ses diplômes accrochés dans sa salle d’attente, m’avait assuré, en me tenant suspendu par les pieds, qu’elles avaient de la gueule. Ça m’avait renversé.

" Alors, c’est entendu ? " Le maître ne souffle mot, mais je repars avec un bon vieux ticket vert en papier fort, sur lequel une figure rigolote recommande de toujours veiller à acheter Topy : " Pour des semelles de qualité, marchez Topy ". Ouais, pas de doute : Savas, c’est champion. Je reviendrai le mercredi suivant avec l’assurance d’un travail bien fait. Je suis revenu trois fois chez l’ami Savas. A chacun de mes passages, il me susurrait que le fourrnisseurr lui prromettait la livrraison prrochaine d’un matérriau rrarre et souple, le nec plus ultrra en rrevêtement semellairre. " Rreprrenez-les et, à votrre rretourr d’Egypte, rrevenez me voirr. " ajouta-t-il la 3e semaine. Soit.

 

Je reviens, gargarisé d’Orient, remis, ressourcé. Je m’imaginais déjà, poussant sa porte, reconnaître le tintement de la clochette et lancer à la cantonade dans cette échoppe décidément toujours déserte : " Ça va t’y, Savas ? " et, après avoir jeté un coup d’œil sur l’éternel amoncellement de chaussures, oser un bref : " Ça avance, Savas ? ".

Fermée, la porte. Sur l’écriteau, on lisait " Ouvert ". Je pousse donc à nouveau la porte, en baissant cette fois l’humble poignée. Une dame se relève soudain de derrière un paravent, qui court le long de la devanture, et me fait signe " Non ". Saisi, je lui demande : " Vous êtes fermés ? ". Nouveau signe de la main " Non ", et elle disparaît derrière le paravent. Je… j’attends donc, ne sachant que penser.

Elle ouvre : " Excusez-moi, j’étais en train de changer la couche de mon fils. " En effet… Elle me met au parfum : M. Savas est parti en vacances à Chypre ; il reviendra dans une semaine. Je reprends ma respiration et lui explique brièvement la situation. Je lui confie mes chaussures, sans m’étonner de l’absence d’un lacet. " Sagace cordonnier, pensai-je, comme moi, il botte en touche et choisis de partir à l’automne, dans la tranquillité. "

Novembre. Il m’accueille et d’un air malicieux me dit : " Je savais que vous étiez rrevenu, j’ai rreconnu vos chaussurres. " Noble Savas ! Voilà bien un commerçant qui sait traiter honorablement sa clientèle. Courtois, je lui rends son sourire. " Mais je dois attendrre le bon matérriau. " Je le regarde, mon sourire s’était figé. " Rrevenez mercrredi prrochain. " Je tournai les talons…

 

Ma patience s’épuisait, mes jeux de mots aussi. " Il traîne, Savas. " pensais-je confusément. Non, mais franchement il exagérait, le père Savas : non seulement il dépassait les bornes de la pantouflardise, mais m’était avis qu’il était complètement dans le cirage… Enfin, on est à Londres, quoi, j’allais pas passer deux autres mois à attendre qu’on me ressemelle mes grolles, sans blague. J’aurai l’air de quoi devant ma belle-famille, si j’ai rien à me mettre à Noël ?

La porte cède, la clochette tremble. Je lui aurais planté mes yeux dans le gras des pupilles s’il m’avait regardé. Sans m’adresser le moindre salut, Savas monte sur l’une de ses deux machines pour atteindre une étagère proche, fouille et tire à lui une longue plaque noire d’un matériau étrangement souple. Debout sur sa machine, il tient la plaque devant lui et règle mon sort d’une phrase assassine : " C’est le bon matérriau, mais je dois attendrre la bonne couleurr, M. Frrafrrequin. " A mercredi en huit donc.

 

Ce jour-là, le calendrier marquait le jour du saint Grool. L’accueil et le sourire radieux du cordonnier désordonné me le confirment en effet. Alléluia, il a mes Clarks. " Rregarrdez ! ", me dit-il fièrement, en me montrant son œuvre. Il s’emballe, moi aussi. Voilà qu’il détaille les longues opérations de sauvetage qu’il a menées d’une main de maître. Mais déjà je ne l’écoute plus. La dame de la laverie a débarqué hystérique : " Mon fils, halète-t-elle, mon fils s’est enfermé dans le tambour de la grande machine ! " Mon cœur bat la chamade. Je me glace d’effroi. Ils disparaissent, Savas trottinant du mieux qu’il peut à la suite de la dame blanche. Je reste là, incrédule, devant la paire de souliers en nubuck que Savas m’avait exhibée. Car bien sûr, Savas s’était trompé de chaussures. Mais pire encore. Revenu de ma surprise, j’avais beau parcourir des yeux les rayonnages de l’atelier, mes Clarks avaient tout bonnement disparu. Fallait-il que j’appelle les pompes funèbres ? Ah, non, plus à rien à cirer des bourdes du Chypriote. Et toujours l’achaussuralité absolue devant moi. Fuir, il me fallait fuir avec mes Clarks, sans demander mon reste. Alors mû par un instinct de survie, je passe de l’autre côté du comptoir. Je regarde par terre et les trouve coincées sous une chaise, calée contre un tas de tatanes, bâillant lamentablement. Je me baisse pour les arracher à leur sort cruel. Et là, la porte s’ouvre dans un brusque tintement. Je me relève, cramoisi de honte. Devant moi se tenait N., mon patron.

 

Mon sommeil fut très agité cette nuit-là. La gérante d’un lavomatic oriental était apparue au seuil de mes songes et criait à tue-tête : " Ça c’est vrai ça, faut l’bon matos ! "… Elle allait se faire appeler Arthur, la vieille. Et dans un demi–sommeil orthographique, je lui envoyai un : " De quoi elle semelle, la blanchichieuse ? " Et furieux, je la chassai de chez Savas, elle et son chiard. C’est alors qu’entre les dix orteils de mes pieds, je sentis se tendre un fil solide qui m’arracha presque à mon lit. Un personnage étrange, les yeux cachés par un chapeau sombre à larges bords, flottait dans l’air et répétait : " Le bon matérriau, M. Frrafrrequin, le bon matérriau. " Je luttais en vain : le pêcheur aérien m’avait ferré à l’aide d’une longue aiguille et d’une cordelette de cuir et savourait de voir me débattre en couches-culottes… Soudain j’entends distinctement : " Là, là, savasspasser. " C’était donc lui !? Dans un hurlement de colère, je porte un coup de savate hargneux à l’adversaire maléfique. Un corps tombe lourdement. " Mais, t’es malade ! ", me crie M.

 

Je décidai donc de m’en remettre à Hermès, dieu aux cothurnes ailées. Lui pourrait voler à mon secours. Ce qu’il dut faire, je crois, moyennant une énorme cargaison de caissettes de melons, car au dernier jour de mon apparition chez Savas, je ne pus mettre un pied dans la cordonnerie : les fruits stockés devant son comptoir m’en empêchèrent. L’affreux me salue de la main, en avalant un morceau de melon. Il se courbe et je le devine s’affairer dans un coffre où, entre de nombreuses bouchées de melon juteux à souhait, il se met à déchirer soigneusement l’emballage de papier kraft des paires qu’il a réparées. Deux minutes passent, et toujours il déchire ou crève les emballages de plastique. Un signe de croix. Là, Savas tiqua. Il ne les trouvait plus. Je reste coi. Il réfléchit un instant et trouve enfin le sac qui nous intéressait tous les deux. J’hésite à serrer sa main : le melon avait dégoutté sur ses doigts. Je lui remets les 20 livres que je lui devais en grognant un semblant de remerciement. Il ajoute alors : " Pourr votrre plus grrande satisfaction, je les ai cirrées, cuirr et semelles comprises. " J’eus le sentiment qu’il était soulagé. Pas moi. Dans le sac Marks & Spencer, c’était Noël : mes Clarks brillaient d’un bordeaux collant, le pourtour des nouvelles semelles reluisait d’une poix incarnat et il me manquait, cette fois-ci, les deux lacets.

Alors, vous qui mettrez vos beaux souliers cirés au pied du sapin, cette année, songez à moi qui n’aurai rien qu’une paire d’espadrilles à déposer devant le sapin de ma belle-famille. C’est que, voyez-vous, l’infâme patine savasseuse de mes Clarks est à présent craquelée et mes semelles sont décollées.

 

Reste une inconnue qui nous trouble encore alors que nous vous écrivons ces dernières lignes. Pour une raison qui nous échappe, N. nous a augmentés sans mot dire depuis notre dernière et brève entrevue… Serrais-je donc le seul à savoirr que ses beaux souliers de nubuck bleu ont désorrmais des semelles rrouges ?

 

Londres, 21 décembre 2003.

 

A mon frère, pour qui les désagréments du voyage sont source constante d’émerveillement et dont les anecdotes me font dire que je n’ai rien vécu de palpitant. Je lui souhaite bon vent sur le nouveau continent.

 

Par Loch Vaa - Publié dans : Fantastique et Toc
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