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  • : Le blog de Loch Vaa
  • : bd écriture illustration fantastique fantasy Culture
  • : Bonjour, Je recherche un illustrateur, un dessinateur ou un vidéaste. Je gribouille des scénarios, avec des thèmes récurrents : la nature, les dragons, les rêves, l’enfance, les contes de Noël, les thèmes fantastiques (tout y passe), les couleurs, les jeux de mots. Si vous êtes doué pour les storyboards, le dessin ou les illustrations, que vous avez un peu de temps et que l’aventure vous tente…
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Jeudi 12 juin 2008
Si les Bleus ne mangent pas les Oranges, on sera Tintin !

Par le sang Bleu ! Devant les Oranges sanguines, gardons notre sang-froid !
 
Evitons les coups de théâtre : Cours Florent !

Par Loch Vaa - Publié dans : Des mots, des jeux et des jeux de mots
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Dimanche 15 juin 2008
Groupe C Pas la joie

4-1 : Tout un poème
Au menu d'hier soir : Caviars à l'Oranje
Pour oublier, les Bleus vont prendre une Kuyt.


Par Loch Vaa - Publié dans : Des mots, des jeux et des jeux de mots
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Jeudi 3 juillet 2008

Extrait des cahiers noirs du docteur Stéphane Dalembourt

27 septembre 1972

 

Le jour tombait, comme la pluie… qui cinglait des ses mille gouttes les carreaux cerclés de plomb. J’étais rentré sans parapluie de ma dernière consultation, transpercé jusqu’aux os de ses aiguilles liquides. Mon chapeau de feutre mou regorgeait d’eau, le froid se glissait insidieusement dans mes vêtements et mes souliers et mes pieds s’amusaient à imiter le bruit d’une terre trop mouillée : je n’étais plus que cet habituel passant trahi par une pluie moqueuse et impromptue.

 

Le jour s’était coloré de noir pour devenir nuit. Une lumière chaude inondait le living-room, celui du feu qui laissait dans une obscurité inquiétante les coins du séjour.

Le jardin offrait un spectacle désolant, sous les éclairs nés d’une pluie vindicative, je laissais, dépité, le rideau retomber mollement pour me cacher de la violence de cette ondée nébuleuse.

Confortablement blotti dans le fauteuil de velours pourpre, le fauteuil du docteur Dalembourt père, je laissais divaguer mes pensées pour ne plus tirer que rarement sur une pipe d’écume, unique compagne de mes soirées, trop longues soirées.

 

J’allais tomber de sommeil quand un vieux pantin avachi raviva mes pensées ; je me frottais les yeux comme pour chasser ma fatigue. Ce roi ridicule trônait là, sur la bibliothèque, et depuis bien longtemps…

D’où surgissait-il ? Je parcourais avec peine le dédale de mes pensées : habitué à ne plus penser et à exécuter machinalement des gestes devenus trop insignifiants. Mon pouls s’accélérait insensiblement, un étrange sentiment m’étreignait peu à peu et je retrouvais l’émotion de l’adulescens que j’avais dû être. Mes mains s’accrochaient malgré moi aux bras du fauteuil. De quoi avais-je peur ?

 

Oui… Ce pantin dégingandé, défraîchi et poussiéreux m’avait été offert à l’aube d’un jour diaphane et brumeux par un grand clown blanc, pailleté de morceaux d’étoiles… Je n’étais alors qu’un enfant et mon vieux père sévissait en qualité de médecin généraliste sur notre village ventripotent. Ce matin-là, il m’avait jeté dans sa voiture ronflante pour me conduire chez sa sœur, mais en chemin, le docteur Dalembourt – à l’époque il avait affiché son titre sur une belle plaque dorée à l’entrée du manoir familial – devait s’arrêter près d’un cirque.

 

Et mon récit devrait se poursuivre maintenant par ces trois mots magiques : « Il était une fois… »

Il était une fois un matin. Il était une fois un chapiteau diapré, rempli de vide et de silence. Il était une fois un chapiteau musical devenu muet. Il était une fois un petit bonhomme de cinq ans qui se promenait dans les allées brumeuses des roulottes endormies, des marchands de rêves naïfs.

 

Une silhouette blanche et mystérieuse se glissa vers moi et me dit : « Viens, n’aie pas peur ! » C’était le grand clown blanc. Le cœur serré, je le suivis.

Il monta dans une roulotte bleue, joliment décorée de grandes fleurs roses à pompon. Les autres maisonnettes étaient toutes grossièrement peintes de gris et munies de lourds roulants. Celle-ci n’en était pas affublée. Des petits rideaux blancs seuls cachaient le jour qui se levait tardivement.

Il referma la porte avec précaution. J’avais vu qu’il cachait dans sa main droite une petite boule de tissu. « Prends-le, il est à toi désormais… » J’allais le remercier, lorsque soudain il reprit : « Adieu, petit homme, adieu ! »

« Au, au revoir, monsieur… »

 

C’était un pantin merveilleux, vêtu de mille et mille couleurs qui ressemblaient aux flacons multicolores, enfermés dans l’armoire vitrée de papa. Mais il paraissait bien malheureux : ses yeux étaient si tristes que je lui voyais des larmes rouler sur les joues. J’entrepris alors de le consoler en le serrant très fort dans mes bras et en lui parlant tout bas pour qu’il ferme ses longues paupières.

 

Je rejoignis la voiture et refermai la portière sans un bruit pour ne pas l’effrayer. Dès lors nous n’étions plus que deux au monde, deux réfugiés du silence. Lui et moi. Un claquement sec et violent me réveilla brusquement et une voix dure rugit sèchement : «  C’est un clown, il est mort. » La voiture s’ébroua, grogna et s’engagea sur la chaussée.

 

Comme à l’habitude, l’insipidité de l’après-midi passé chez ma tante fut à la hauteur de ses confitures. Assis sur une chaise, je regardais le bleu du ciel qui s’étiolait pour devenir mauve et d’un rose orangé près de la boule de feu. Assis sur une chaise, je regardais le jour décliner mélancoliquement. Visage perdu d’un enfant au coin d’une fenêtre, un soir d’été qui touchait à sa fin. J’étais seul ; seul avec lui. Que faisait le grand clown ?

 

Vite, il fallait aller vite. J’enfilai ma veste, mis prestement mon ami de peluche dans ma poche et enfourchai la vieille bicyclette de mon cousin. Vite, direction : le cirque !

 

J’approchais discrètement du chapiteau qui me semblait une nouvelle fois visité par la mort. Un murmure rompit le silence, le gravier crissait sous de nombreuses semelles… Bientôt un flot de couleurs vives naquit de la nuit. Des écuyères toutes de rose vêtues ouvraient le cortège, suivies des trapézistes à la silhouette svelte et élancée, parés de leurs plus beaux atours, scintillants de bleu ; des dompteurs en habit fauve, monsieur Loyal et son grand nœud papillon rouge ; l’homme canon et les dresseurs de chien fermaient la marche en silence. C’était le dernier hommage rendu au clown disparu. Il avait emporté avec lui la musique, la vie et l’âme du cirque.

 

Tandis que je me glissais vers la fin de la procession, une main gantée de velours blanc se posa sur mon épaule. Elle me serra doucement et une voix me chuchota : « Que fais-tu ici, et si tard ? » Et le grand clown blanc m’emporta dans ses bras, loin du défilé. Il me posa avec célérité sur le sol dru et s’éloigna. Je fis trois pas et me retournai. Il me regardait encore.  « Non, pars ! »

 

« Monsieur… »

« Monsieur, s’il te plaît, je veux savoir. »

 

Alors, sans hésitation, le grand clown vêtu de son habit de neige vint me prendre par la main et me dit : « Viens… » Il avait ôté son drôle de petit chapeau conique : ses cheveux étaient noirs et brillants. Son visage ne souriait plus et ses yeux me semblaient si pâles et si fatigués.

 

Je gravis trois marches pour entrer dans une maison d’un bleu balayée par le temps. Des pots de maquillage étaient renversés sur une table quelconque. Ils se reflétaient dans un miroir faïencé surmonté d’une grosse lampe jaune. Une chaise de paille qui avait pris froid était revêtue d’un épais tissu écossais, le même qui recouvrait le maigre lit de la roulotte. Le clown s’assit. Le lit grinça sourdement. J’escaladai la chaise et me retrouvai face au miroir. Le chapeau du clown attendait sagement sur la table de maquillage.

 

« Tu te serais moqué de son costume râpé, tout rapiécé, mais il t’aurait émerveillé comme tous les enfants, tu sais. Il t’aurait fait rire avec ses grandes chaussures. Avec lui, tu aurais vite quitté ton village pour le monde de ses rêves et les facéties de son gros nez rouge… » Et il se tut.

 

« Ce que les enfants ne savent pas… c’est que les clowns peuvent sangloter quand toutes les lumières se sont éteintes et qu’ils se retrouvent, seuls et frissonnants, devant une nuit froide. Ce que les enfants ne savent pas, c’est que les clowns se retiennent de pleurer pour éviter que des larmes ne tombent pas sur le vernis de leur violon. Les enfants ne savent pas que les vieux clowns gémissent les mains nues sur des genoux tremblants. Les enfants ne savent pas qu’un clown peut se perdre devant la mer et ses reflets d’argent, que la lune parle aux fous du silence quand on n’embrasse plus que des ombres. »

 

Je crois que je n’écoutais plus le grand clown et son chapeau. Le miroir se troubla : il s’était mis à vibrer légèrement et prenait vie. Mon visage se déformait et bientôt les pastiches de couleur s’évanouissaient dans son reflet mouvant.

Deux vieilles mains tremblantes obéissaient à un visage émacié traversé par de nombreuses rides : elles pliaient soigneusement une feuille maculée pour la glisser dans un linceul de papier. L’une des deux mains avait tracé avec un faible crayon des caractères pointus et hésitants qui disaient :

« Après mon départ, donne ma poupée de chiffon au premier enfant que tu rencontreras. Ne lui dis rien. Pardon. »

Puis le sang jaillit, rouge comme la mort. Un sang vidé de tout espoir, rouge comme l’étoile de son chapeau. Un souffle de plus en plus court, éperdu. Le matin venu, ne restait que l’enveloppe scellée par son silence.

 

Le miroir ne tremblait plus. Le clown sanglotait. Il releva la tête et dit d’une voix blanche : « Maintenant, pars. » Son visage défait par les pleurs était devenu gris.

 

Je rentrais seul. Il me semblait que là-haut dans le ciel, tout là-haut, une étoile plus haute, plus blanche et plus brillante était née.

Je n’ai jamais revu le clown blanc.

Par Loch Vaa - Publié dans : Adolenfance
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