La Vérité sur Ducky
Ducky ? Mais oui, souvenez-vous, son bec plat et orange, puis ses membres aplatis et jaunasses, avaient établi domicile dans la bouche de Nils. Pelure fétiche de Nils ou peluche fétide de Nils, Ducky était de toutes les sorties.
L'affaire était entendue, Ducky était devenu doudou.
Las, la controverse bientôt s'enflamma. Ducky n'était-il pas une oie ou un cygne ? Appelait-il bientôt se prénommer Goosy ou Swany ? A-t-on jamais vu pareil animal en salopette courte ? Et rayée qui plus est ! D'où venait-il au juste, ce jaune volatile ? Et puis d'ailleurs un canard sans aile...
Tout ça sentait le faisandé et tout le monde lui volait dans les plumes et le canardait à gogo. Le commissaire Magret fit son entrée et mena prestement l'enquête auprès du sinistre Mortefeux et voici ce que l'on découvrit. Ducky s'appelle Amédée. Il est né dans la forêt imaginaire d'Ostwald, en Flandres, près des Moulins de Roteke.
C'est un canard lombard, de la famille d'il becco dell'anatra.
Son nom, si jamais vous voulez lui écrire : Amédée d'il becco dell'anatra dit Ducky. Il reçoit tous les jours, perché sur le radiateur de la salle de bains entre 8 h 30 et 13 h 30.
Certains le croient froid et morveux, mais franchement, la faute en revient entièrement à Nils.
Salut, c'est petit Nils.
J'ai huit mois et deux jours. J'ai changé de poussette parce que je sais bien me tenir. J'ai même un nouveau siège auto. J'adore, parce que je peux tout voir ! J'appelle souvent les chevaliers du deu-daï, d'après mon papou. J'aime bien les voir à dada, les deu-daï. Quand je mange mes yaourts et mes purées, je fais guon-kron. Et pour rigoler, je retrousse le nez et je fais le petit cochon.
Ma mamie Jo est venue me garder la semaine dernière. Elle est drôle, mamie. Y a qu'à moi qu'elle parle avec une voix aiguë. Et puis elle secoue toujours la tête en disant : "non, non, non..." Alors pendant qu'elle était là, j'ai secoué la tête pour lui faire plaisir. Et je l'ai fait à mum, à nounou Brigitte et aux autres aussi. Maintenant qu'elle est partie, je ne le fais plus.
Ce week-end, j'étais à Paris. J'ai vu le RER et le métro, mais je m'en fiche. Mon papou m'a promené sur ses épaules à l'expo Gustave Courbet. Il me parlait d'un copain à lui, Charles Baudelaire, sur une peinture... mais il y a un monsieur avec une cravate énorme et de grandes lunettes qui lui a fait de gros yeux, en disant que c'était interdit de porter les petits sur les épaules.
Après ça, mon papou n'a pas arrêté de me dire qu'il fallait toujours se méfier des types avec des cravates. Il disait : "Soit ils te marient, soit ils viennent chez toi te vendre des appareils farfelus, soit ils veulent ton argent." Je ne comprends pas toujours ce qu'il dit, mon papou.
Et puis le lendemain, c'est mon papou qui ne voulait plus me porter sur ses épaules parce que je bavais fort sur son crâne. C'est pas de ma faute, si je fais mes dents. Du coup, il m'a mis dans un caddie tout en métal. Mum, elle est plus raisonnable, elle me porte dans un chinado, comme les petits Chinois.
A Paris, j'ai vu la nouvelle fille des amis de papou. Elle s'appelle G., mais je m'en fiche. Et puis on vu E., mais je m'en fiche. Je joue tout seul et les autres, ça attendra. C'est la maman de Carlos qui a dit ça. Mon papou lui s'amusait bien avec ses copains.
Parce que je suis gentil, c'est mum et papou qui le disent, mon papou m'a construit une voiture... mais je m'en fiche. Dans la vie, y a que Ducky.
Je vous fais un câlin à tous. Les câlins, c'est facile.
On fait comme Zidane sur la tête de mum... et c'est un câlin.
Allô ? M. Maparna ? C’est madame Berthe.
Allô ? Madame Berthe ?
Allô ? Allô ? M. Banarpa ? Je vous téléphone de la cabine du camping. Je suis bien aise de vous trouver.
Bonjour, mad… Vous avez laissé Nils tout seul ?
Je vous téléphone pour votre petit Charles…
Nils...
Non, il est resté avec Crapule.
Seul ?
Je lui ai donné de la tétine de porc pour son midi.
A neuf mois ??
Elle était dure, j’ai dû bien lui mâcher…
Vous avez donné de la tétine de porc à mon fils ?
Mais avec mes nouvelles dents…
A neuf mois ?
Vous savez, il est tout frais, mon appareil…
Madame Berthe, répondez !
C’est comme des chaussures neuves, faut que ça se fasse…
Où est Nils ?
Comment ? Parlez plus fort M. Ménarvpa, je ne vous entends pas.
Où, est, mon fils ?
Mais je vous l’ai dit, pour sûr, votre petit Georges est avec Crapule.
Nils… il s’appelle Nils.
Faut que j’aille voir le toubi…
Nils est resté avec votre chien ?
J’ai la mâchoire du haut qui s’est coincée.
Comment ça, la mâchoire du haut ?
Elle bouge plus et j’ai peur de l’avaler de travers.
Qu’est-ce que… ? Ma-da-me Berthe !
450 000 anciens francs que ça m’avait coûté. J’ai bien du malheur, vous savez...
Madame Berthe, retournez auprès de Nils !!
Je lui chantais souvent à votre petit Jacques, M. Maranapa…
Vous m’en-ten-dez ?
… La Complainte du gendarme de Mont Cuq.
Nils, madame Berthe ! C’est Nils !
« Avec sa trique, y s’en allait…
Madame Berthe !!
« Devant les filles, y se pavanait… » Comment ? Parlez bien dans le combiné, M. Macarena, je ne vous entends pas.
…
J’ai bien peur de ne pas pouvoir la chanter au bal des anciens, vous comprenez ?
Crapule ! Reviens tout de suite ou je t’abats ! Crapule, nom d’un chien !
On peut savoir où est NILS ? Madame Berthe ?
Lâche ce canard !
Ducky ?
Lâche ce canard, veux-tu !
Madame Berthe, dites à votre rottweiler de LÂ-CHER DUC-KY !!
De qui ? Mais de personne, M. Mobalpa ! Crapule, au pied ! Ah ! Ah… ! Ma mâchoire ! Che chuis coinchée ! Chale cabot, chu finiras comme cheux de Mont
Cuq !
Allô, Brigitte ?
Salut, Jérôme. Ça va ?
Ça va, ça va… Tout va bien avec Nils ?
Euh oui, pourquoi ?
Je ne sais pas, c’est rien, j’ai dû m’assoupir…Il a bien mangé à midi, Nils ?
Mais oui, comme d’habitude... T’es sûr que t’es dans ton assiette ?
Mon assiette ? Oui, oui, c’est juste que j’ai dû faire un mauvais rêve pendant la sieste. Vous avez fait quoi, ce matin ?
Alors, ce matin, on s’est promené, on a vu des canards…
Des canards ?
Oui, on a fait coin-coin tous les deux, sur la passerelle. On a pris du pain pour leur donner à manger. Après, on est allé à la bibliothèque. Je lui ai emprunté un petit livre de complaintes avec
CD…
Des complaintes, t’es sûre ?
Non, des comptines… Je ne sais pas pourquoi je t’ai dit "complainte".
Tu me rassures. Tout va bien, alors ?
Oui, y a pas de problème !
Bon, je te laisse, je ne veux pas que ça me coûte trop cher…
Salut, c’est petit Nils.
Mon papou et mum, ils me disent souvent que j’ai la meilleure nounou du monde. Un jour, il m’a dit : « Tu te rends compte ? Avec tous ses points de fidélité, elle t’a offert une petite piscine à ballons. T’en as de la chance ! » Moi, j’ai pas compris, mais j’aime bien mes ballons. Ma nounou Brigitte, elle connaît tout des bébés. Elle étudie même pour aller à l’école avec des bébés, tellement elle les aime bien. Et puis, mon papou, il me dit qu’elle nous coûte pas cher parce qu’elle me reconduit à la maison en poussette quand il fait beau. Mum, elle dit souvent que mon papou, il est comme la voisine Berthe, toujours près de ses sous. Et puis aussi, elle chante et elle met des CD. Même qu’un jour, elle m’a déguisé en Davy Crockett pour le carnaval et on a vu plein d’enfants. Dans ma chambre, chez nounou, il y a des animaux au mur pour que je m’endorme comme un petit ange et des animaux dans mon lit pour me tenir compagnie. Avec nounou et mum, on est même allé faire de la musique mardi et on a vu plein d’enfants. Mon papou a dit que c’était le bon plan parce que c’était gratuit. Et aussi nounou, elle me fait tenir debout dans mon parc pour que je voie la vie autrement... enfin ça, c’est mon papou qui le dit, parce que dans la vie, y a que Ducky.Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander