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  • : Le blog de Loch Vaa
  • : bd écriture illustration fantastique fantasy Culture
  • : Bonjour, Je recherche un illustrateur, un dessinateur ou un vidéaste. Je gribouille des scénarios, avec des thèmes récurrents : la nature, les dragons, les rêves, l’enfance, les contes de Noël, les thèmes fantastiques (tout y passe), les couleurs, les jeux de mots. Si vous êtes doué pour les storyboards, le dessin ou les illustrations, que vous avez un peu de temps et que l’aventure vous tente…
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Jeudi 20 mars 2008

Vous me parliez de mon genou. Moi j’avais observé votre en-tête : « D.I.U. de Médecine sub-aquatique et hyperbare ». Au mur, deux papyrus égyptiens. Des faux, encadrés à l’égyptienne, avec un large bord doré. Sur votre bureau, un presse-papier terminé par une demi-sphère ronde dans laquelle dansaient deux poissons clown, un orange et un bleu. Vous parliez de mon genou et de synoviectomie. Et moi, je pensais à votre voyage en Egypte, à la Mer Rouge dans laquelle vous aviez plongée.

Par Loch Vaa - Publié dans : Egypte
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Jeudi 20 mars 2008

Je suis parti d'Alexandrie.

Un élève m'a offert une pendule sur le quai de la gare.

Je suis parti avec C., un ami égyptien et avec qui j'ai fait du théâtre, à l'époque il avait 15 ans et raisonnait comme un gars de 24. Un phénomène.

Arrivé au Caire, j'ai rejoint H. et B.

Balade en taxi et à pied au Caire - C. ne cessait de pleurer dans la voiture. H. et moi lui parlions doucement pour pouvoir mieux nous quitter. C. a voulu m'accompagner jusqu'à la frontière égyptienne (8 heures de bus pour aller dans le Sinaï) j'ai refusé comme un grand frère ferait. Je n’ai jamais connu une une telle pureté chez un adolescent. Je raccompagne C. ; s'ensuit une discussion avec les potes et dernier repas dans un de nos restaurants favoris. Légers problèmes de miction.

Bus de nuit pour le Sinaï.

Derniers préparatifs pour le voyage ; avec mon dictaphone que je prête à B. pour le long périple prévu ensemble (Egypte, Jordanie, Syrie et Turquie).

On embarque avec les bédouins et les personnes qui n'ont pas le sou pour prendre l'avion jusqu'au Sinaï. A mi-chemin après avoir traversé le canal de Suez, fortes douleurs, crise, m'allonge sur genoux de B. H. s'endort. Le chauffeur ne peut pas nous arrêter avant un hôpital dans le désert qui se situe à deux heures de là. Des Egyptiens, qui croient à un mal de ventre, veulent me prêter leur châle pour me serrer à mort le bide. Je connais ces douleurs (c'est ma deuxième prostatite).

Le car nous descend tous les trois devant un hôpital perdu, il est minuit, une heure du matin. Il fait trente degrés : une touffeur pas croyable. L'infirmier de garde (il n'y a pas de médecin dans ce petit hôpital) ne parle pas anglais. Je lui décris mes douleurs et lui assure de ma prostatite en arabe, lui demande de m'administrer des analgésiques et antibiotiques urinaires pour soulager ma douleur.

Les portes claquent, un vent chaud souffle et s'engouffre dans toutes les fenêtres ouvertes de l'hôpital. Pas de climatisation. Un type arrive, jean, basquette et cigarette, chemise ouverte pour me mettre sous perfusion. Au sol des mégots, du liquide de perfusion que le type fait couler sur le sol avant de me piquer la veine. Un cafard court le long de la perfusion. Des chats miaulent dans les couloirs. Sur l'alèze en plastique, je transpire et nage dans ma sueur. Du sang et du coton au bas de mon lit.

H. et B. enregistrent au dictaphone cette séquence mémorable au cours de laquelle ils veulent m'opérer pour de faux. Au loin sur la cassette, on m'entend faiblement dire « Putain, faites chier les mecs » ou « vous êtes chiants ». Ils s'amusent, mais ont reconnu plus tard qu'ils avaient peur. Ils dorment dehors sur le goudron chaud de l'hôpital ; je délire et crois voir des personnes entrer à intervalles réguliers dans ma chambre baignée des lumières des néons. les heures passent entre le vent, les chats et la chaleur.

Mon dos colle et j'ai froid. Nous prenons la décision de partir, la perfusion et les médicaments ont calmé la douleur. Petit déjeuner fruste et cher dans un bouiboui. Le soleil tape, je me sens mieux. On attend un ami égyptien qui s'embarque à la dernière minute pour traverser avec nous la Mer Morte, comme Moïse. La mer est d'un bleu pur et les montagnes qui la bordent sont rousses et battues par le soleil. Au fond de moi je pleure, B. m'épie ou veille. Je retiens mes larmes. La climatisation me berce, la prostate chatouille. Dernier jour d'Egypte.

Epilogue

Passage sans encombres à la frontière jordanienne.

Bus jusqu'à Petra où l'on trouve une clinique high-tech, je reste en observation, l'infirmière a les yeux clairs et Jimmy lui sourit.

Les assurances, C. et mes parents sont contactés. Après discussion sérieuse, pas de rapatriement sanitaire. Il fait beau en Jordanie, les potes vont à Pétra - je regarde Wimbledon à la télé. je visiterai le site en solitaire en pensant à Agatha Christie, Indiana Jones et Tintin. Mes paupières brûlent au soleil, je marche lentement, je gravis la montagne de Pétra...

Par Loch Vaa - Publié dans : Egypte
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Jeudi 20 mars 2008

Je fais une indigestion d'Egypte, wallahi.

Verbatim.

 Les amis, c'était bien…

Les bus puent la pisse ammoniaquée qu'ils ventilent obstinément dans l'habitacle. Assez pour réveiller les voyageurs les plus paisibles et écoeurer le pauvre Egyptien aux yeux doux, assis sur les marches qui mènent aux chiottes, qui s'est fait chourer sa place par un fonctionnaire corrompu, dans sa veste chiche et mal coupée, qui ne se fend même pas d'un sourire gêné pour s'excuser. Le bus calera plusieurs fois, la boîte de vitesses déraille sur les dos d'âne, installées devant les guérites. 8 heures de trajet à respirer la merde des autres.

Dahab, c'est Disneyland, version pauvre. On trouve des Tchèques et des Russes qui s'invitent en nouveaux riches. Une mosaïque naïve, avec Moubarak en médaillon, accueille le touriste lors du dernier checkpoint. Autour du raïs souriant, des cons en short font du quad ou de la planche à voile, masque et tuba sont de rigueur sur les visages des autres vacanciers. Sur le côté, on a une Bédouine en habit traditionnel qui fait coucou. C'est navrant.

Marrant, aux checkpoints, c'est les plus pauvres, ceux aux dents jaunes et qui sentent la sueur, qui se font fait emmerder par des policiers bornés.

Dahab, L'Eldorado du béton. Avec des Mégane en bord de Mer Rouge. La misère à deux pas. Heureusement, les nomades, taiseux, crient encore leur mépris muet. Sur la Mer Rouge, y a pas longtemps, des milliers ont péri.

Au restau, on chasse les filles de Bédouins comme on repousse les chats qui bouffent dans vos assiettes. Elles viennent proposer des petits bracelets de corde et de couleur mal faits ; une fois, deux fois, la troisième, elles demandent un bout de pain, du doigt. Elles se chamaillent sur la promenade du bord de mer en se tirant les cheveux, par terre. Au restau, si c'est pas les chats, c'est les mouches qui collent presque sur la nourriture. Une méchante mouche vient se foutre dans mon jus de bananes, au petit-déjeuner.

L'internet, c'est pas cher, le type est pas con et marrant. Alors, on reste là à consulter son compte en banque ou à regarder si les clients ont du boulot pour nous. A côté, les Egyptiens, qui ont fini leur service, viennent regarder à l'oeil des films piratés, téléchargés, des comédies éculées qui les font marrer à 30 cm de l'écran. Quand ils se marrent, ils toussent tristement, à cause des clopes qui les niquent. Ils ont des pullovers démaillés.

On a chassé les Bédouins, soumis le désert aux touristes. Sédentarisé les tribus. Les adolescentes grassouillettes n'ont pas la fierté des aînés et viennent se disputer, pour un bonbon, à la vitre d'un microbus, avec le touriste, qui n'en peut plus de dire non sur tous les tons. Le chauffeur, qui croit que j'ai pas compris, répète « lunch ».

Le vent balaie des sacs plastiques dans les gorges du Sinaï. On se donne bonne conscience en faisant raquer les touristes dans cette zone dite protégée. Le responsable de l'hôtellerie du monastère soupire d'impatience en vendant ses glaces et ses chips. Les chats pullulent à l'ombre du jardin du monastère.

Un gros caméraman se casse la gueule lourdement devant moi en dérapant sur les petits cailloux qui mènent à un belvédère proche d'où on embrasse le panorama. Il ne fait aucun effort pour se protéger, son corps couvrant la caméra. Il se relève en tremblant nerveusement, se rassure en arabe : « Y a pas de mal, y a pas de mal. » Le groupe de touristes chrétiens asiatiques avec des visières blanches marquées Global Christians qui l'accompagnent s'en fout. Personne ne l'écoute.

 En haut du mont Sinaï, on trouve des mars et des snickers et des bédouins véreux, boursouflés par des rages de dent. Et un gosse charrie des grosses poubelles improvisées à dos de chameau et des bidons de merde. Les détritus abondent dans les recoins pierreux. Une vieille famélique descend une bouteille de gaz rouillée et des monceaux de guenille, son âne entravé par une corde élimée, atachée à ses deux pattes. Il boite du côté gauche, martyrisé par la salope qui l'accompagne. Des toilettes déglinguées jalonnent le parcours. On a envie de brutaliser tous ces putains de pauvres qui viennent chercher le fric des touristes venus acheter le silence du Sinaï.

Mais c'est le prix à payer pour tous ces Occidentaux qui viennent par chapelets, par acquit de conscience, retrouver confusément la naissance de leur alphabet, leur histoire et celle du monde, au sommet du Mont Sinaï. Roger, le Marseillais lâche une perlouse, pour ajouter au tableau. On prend le parti d'en rire.

Coïncidence troublante... On fera la dernière partie du trajet accompagné de Gabriel, un juif Canadien qui nous indique la voie et nous invite à bouffer du chocolat pour se retaper là-haut. On redescendra avec l'archange plus tard sans attendre le crépuscule. Le Canadien du Nouveau monde, dans sa foi juive millénaire, nous montre, indolent, les marches qu'on aurait trouvées de toute façon. Lui s'emmerdait là-haut et était redescendu. Nous, on montait. Apparemment, il nous trouvait sympas. Il est remonté. Tu parles d'un archange.

Le froid mord là-haut, c'est le seul élément qu'on ne peut asservir et que tout le monde fuit. En descendant, on trouvera des Japonais carrément pommés dans le noir, timorés, masque sur le nez, pantalon de golf seyant, avec la mère incapable d'avancer ou de reculer entre les étrons de chameau, entourée par les gémissements de ses filles, pendues à ses basques. On les oubliera vite. De toute façon, parmi ceux presque arrivés au sommet, aucun n'a compris mes blagues de loser, genre « Good luck, plus que deux heures de marche, les Japs. »

Le monastère ne veille pas. Les lumières sont rares, mais elles adoucissent les hauts murs jaunâtres. Bonnie, l'Américaine, nous raconte son périple planétaire. Je l'écoute avec ravissement, elle connaît tout du monde et de son usage. 

Revenus au bercail, on bouffera du Cadbury. C'est lamentable. Tant pis, on dormira bien.

Le type du camp se fait appeler Jimmy.

Avec le vent qui souffle, pas de répit, je m'ouvre les orteils sur des coquilles. Le Monde Diplomatique s'effeuille sous les bourrasques de vent et s'envole, au bout d'une jetée, dans la mer. La plage des riches est trustée par le Hilton et ses surfeurs, avec son gentil gazon vert en plein désert. Les drapeaux roses O'Neill claquent au vent. Une maman promène son gosse sur la plage dans un poussette fashion à trois roues. Son gosse, on le voit pas, il est couvert d'un châle blanc, mais elle se la joue les pieds dans l'eau et bébé aventurier.

On repart au Caire dans un microbus poussif, qui se met au point mort dans les descentes au Sinaï et n'a aucune relance.Il fait froid, je ne dors pas. Tout le monde se croise en pleins phares, clignotant droit enclenché, mais y a rien à doubler. Les rares camions sont tous menaçants avec leurs phares puissants. A l'aube, je sors de mon écharpe, et je vois deux flics qui se réveillent à l'arrière d'un véhicule, ouvert sur l'arrière. Ils sont morts de froid et pas contents. Moi, j'ai la chiasse.

Le Caire m'enivre trop, c'est la ville de Brazil ou du 5e élément : impossible à maîtriser, un happening permanent, un parfum lourd et capiteux. Elle capte tous les sens. Elle les tyrannise et les exalte à la fois, on a envie de tout lâcher mais on ne peut que se raidir devant le spectacle hypnotisant qu'elle offre. Une ville préorgasmique, faite en permanence de cet instant insupportable qui ne se résout jamais - sinon en épectase pour celui qui voudrait la dominer.La pollution grise les sens et la ville. La poussière est insupportable quand elle cingle le visage.

Marchander m'ennuie, j'en connais toutes les ficelles et je trouve les marchands trop malheureux, aculés par les richards de touristes qui leur disputent encore 5 francs. Et pourtant, j'en ai marre qu'ils me revendent leur camelote merdique à deux balles. On a acheté une petite lampe dans laquelle on met une bougie, elle a cédé sous la chaleur et les parois sont décollées. Je marchande pour ne pas me faire avoir, lassé de leur artisanat à la petite semaine. Des sphinx en plâtre dans le pays des pharaons de granit, ça résume tout.

Seule la grâce d'un danseur soufi m'a apaisé dans la cour intérieure d'un beau caravansérail, décorée à l'étage de moucharabiehs sombres. Sur le devant de la scène, une fontaine octogonale sertie de mille détails marbrés.

Alexandrie pourrit à l'ombre de sa gloire passée et se prostitue pour faire renaître ses feux - Carrefour à l'autre extrémité de la ville devient la vitrine de la jeunesse dorée. Monuments et musées fermés.

Par Loch Vaa - Publié dans : Egypte
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